L’érotisme vaut mieux que les prières

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Bonjour à tous !

Mes amis, disons-le : « Oui, la chair est sainte ! L’érotisme vaut mieux que les prières ! » Cette maxime, qui est propre au jovialiste André Moreau, peut-être choquante pour certains quoique très intéressante pour d’autres, porte à réfléchir. Qu’est-ce que le philosophe entend par là ? Et en quoi cela concerne-t-il la beauté ?

On nous a appris que la chair était une occasion de péché et que nous ne devions pas abuser des plaisirs qu’elle nous offre. On nous a dit que la sexualité, outre le fait qu’elle serve à la reproduction,  était quelque chose de dégradant pour l’homme et qu’il valait mieux s’en s’abstenir si on voulait être aimé de Dieu, ou encore l’exploiter au maximum pour s’en débarrasser une bonne fois pour toutes ! On nous a fait croire que l’érotisme, de par l’idée de séduction qu’il implique et le désir sexuel qu’il inspire aux autres, symbolisait la présence du diable en nous. Que d’aberrations auxquelles nous avons cru! Que de misérables croyances qui nous ont incités à prier pour nous repentir et nous déculpabiliser d’un péché originel, nous croyant impurs à cause de la chair !

Non, mes amis, nous ne sommes pas fautifs ! Il est grand temps qu’on se le dise : non seulement nous ne sommes pas impurs ni soumis au péché, mais nous sommes divins. Nous sommes des millions de Christ sur terre, mais nous ne le savons pas ! Pourquoi ? Parce qu’à une certaine époque, il était beaucoup plus pratique pour l’Église de voir ses fidèles à genoux, ployer sous le poids du péché de la chair, que de les voir rayonnants, éveillés,  maîtres d’eux-mêmes ! Un homme à genoux est facilement contrôlable (puisqu’il ne fait que la moitié de sa hauteur, c’est-à-dire de lui-même!) contrairement à un homme qui se tient debout.

Notre corps est le véhicule d’expression de notre pensée. Comment pourrait-il être sale ou impur, et constituer un obstacle à notre réalisation ? Non, c’est par ce dernier, et toutes les sensations qu’il nous procure, que nous pouvons connaître la transe, l’extase et l’orgasme qui sont des états, sachons-le, très semblables à ceux qu’affichent les grands saints en contemplation, tel que nous le montre par exemple Bernini avec sa merveilleuse sculpture de Ste-Thérèse d’Avila défaillant sous l’énergie que l’ange projette sur elle ! On pourrait croire qu’elle connaît un ravissement purement spirituel. En réalité, elle est en proie à une jouissance très concrète qui l’anéantit de bonheur. Si l’Église a maudit le corps, c’est qu’elle défend un système dualiste où l’homme est partagé entre le spirituel et le charnel. Mais dans une vision unifiée, cette opposition n’existe plus.

Oui, l’érotisme réveille en nous toutes les fibres de notre corps, nous révèle ce qu’il y a de plus sacré en nous.

Une paire de jarretelles, par exemple, une rose rouge à la bouche, des lèvres voluptueuses, une ambiance chaude, une atmosphère tamisée, des chandelles disposées un peu partout dans une pièce, bref, tout ce qui peut concourir à faire naître du désir en nous, du bien-être, des sensations agréables, eh bien, c’est cela qui est bon mes amis ! Nous sommes faits pour la fête, pour la célébration, pour la communion, pour l’orgie, pour l’orgasme !

Oui, la chair est sainte ! Elle est lumineuse ! C’est grâce à elle si l’homme et la femme peuvent en arriver à communier ensemble, à vibrer au même diapason !

Avez-vous remarqué que l’on ne cesse de nous montrer, sur nos écrans de télé (comme si c’était tout à fait normal et naturel) des films d’horreur, de catastrophes, ou encore de guerre où l’on glorifie les héros tueurs d’hommes sous prétexte qu’ils défendent ceci ou cela, plutôt que des films valorisant la beauté, la douceur de vivre, l’érotisme, et la sexualité dans ce qu’elle a de plus enrichissant.

Je vous le demande, quand remplacerons-nous les fusils par les roses ? Quand serons-nous prêts à accueillir ce qu’il y a de plus noble en nous, de plus festif, de plus souple, de plus ouvert, de plus sensuel, et à le laisser grandir ? Quand pourrons-nous enfin permettre à la beauté de s’exprimer dans notre vie, sous toutes ses facettes, plutôt que de valoriser ce qui relève de l’obscurité, de la souffrance, de la maladie et de la mort?